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Pendant des années, je m'en suis tenu éloigné. Mais depuis janvier 2008, avec la loi anti-tabac, j'ai repris le chemin des cafés. Seul ou en groupe, le matin ou après déjeuner, peu importe. Le plaisir d'un petit allongé au comptoir, c'est quand même sympa.

Sauf quand un connard vient s'incruster sur le zinc, mine patibulaire mais presque, l'oeil torve, à l'évidence imbibé. Et comme disait Jordy, c'est dur dur d'être imbibé.

Après un slalom géant depuis la porte d'entrée, il s'échoue à ma droite, s'y reprend à quatre fois pour s'accouder. Accroche péniblement son regard vitreux à celui du barman. Et d'un râle d'outre tombe, balance :

- Vous avez des bananes ?

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- Euh non, lui renvoie le serveur. Non, on n'a pas de bananes.

Echange muet avec mon autre voisin, petit sourire hésitant entre l'amusement et la compassion. Ce pauvre type a l'air vraiment planté grave.

- Non non, monsieur, on n'en a pas.

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- Vous avez des bananes ?

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Le sourire de mon voisin se fait cette fois plus consistant. A peu près autant que l'exaspération de l'employé occupé avec son percolateur.

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- Non, monsieur, pas de bananes, aucune banane. On ne vend pas de fruits ici, y en a pas...

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- Vous avez des bananes ?

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Le voisin pouffe pour de bon. Je manque d'en faire autant. Et le serveur explose.

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- Bon, t'es sourd ou quoi ? Si tu me demandes encore si j'ai des bananes je te cloue la langue au comptoir !

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- Vous avez des clous ?

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- Euh non.

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- Vous avez des bananes ?

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Aux dernières nouvelles, le voisin ne s'en est toujours pas remis, il continue de rigoler comme un débile, vissé au comptoir. Le serveur a mis le type dehors, après avoir vérifié que Marcel Béliveau ne se tenait pas dans le coin, prêt à bondir. Pas de caméra à l'horizon. Quant à moi, je suis remonté au bureau. Mais croyez-moi si vous voulez, après un truc pareil, c'est difficile de trouver de la motivation pour travailler...