librairie

Quand mon emploi du temps me le permet, j'aime à prolonger ma pause déjeuner chez le libraire installé non loin du siège de la Krach and Partners. Une petite flânerie de quelques minutes qui me permet de rester au fait de l'actualité littéraire, voire de feuilleter quelques ouvrages et de me dire que ce serait bien, un jour, de l'écrire vraiment, ce roman dont j'ai l'idée depuis des années.

Mais ces visites, aussi courtes soient-elles, sont aussi l'occasion de constater que la culture n'est malheureusement pas encore parvenue à inonder tout le monde. Pour preuve, l'échange auquel j'ai eu le plaisir d'assister aujourd'hui même, entre un client et le responsable du rayon "nouveautés". Je précise que les deux hommes ont une quarantaine d'années.

Client : Monsieur, vous vous y connaissez en bouquins ?

Vendeur : Euh... c'est un peu mon métier. Je peux vous aider ?

Client : Bah c'est ma fille, elle veut un truc pour le collège, elle me l'a noté, ça s'appelle (il sort une feuille de sa poche)... Attendez, je lis. Co-nan-doual. Voilà, c'est ça, Conandoual.

Vendeur : Ah, désolé, ça ne me dit rien. Vous ne connaissez pas le nom de l'auteur ?

Client : Si. Attendez, je regarde, c'est... (jetant un nouveau coup d'oeil à son papier)... Lucien... Lucien... de Ba... de Baskerville.

Vendeur : Ah d'accord ! (il lève les yeux au ciel puis sourit). Oui, ça y est. Vous voulez parler du "Chien des Baskerville", de Conan Doyle. Je vais vous en chercher un à la réserve.

Client : Non non, c'est pas ça que je veux. Elle m'a dit Conandoual, par Lucien de Baskerville.

Vendeur : Oui mais ça n'existe pas, ça, monsieur. Ne vous en faites pas, je suis certain que votre fille aura ce qu'elle voulait.

Client (péremptoire) : Non, je vous dis, j'en veux pas de vot'truc. Je veux Conandoual.

Vendeur (un peu exaspéré) : Doyle. Sir Arthur Conan Doyle. Et l'histoire est celle d'un chien maléfique qui...

Client : Conandoual, c'est ça que je veux ou rien du tout !

Vendeur : Mais monsieur...

Client : Conandoual. C'est ce qu'il y a sur le papier !

Vendeur : OK, bougez pas.

Il marmonne quelque chose, probablement un ou deux noms d'oiseaux (mérités), puis disparaît derrière une porte coulissante. Fait son retour quelques secondes plus tard, un livre dans une main. Il le tend au client. Avant que celui-ci ne réagisse, j'ai le temps d'en apercevoir le titre.

"La littérature pour les nuls".